Méditations sur la liturgie d’aujourd’hui

Christus Bartimaeus par Johann Heinrich Stoever Erbach Rheingau ; photographie par Haffitt publiée sous license CC-BY-SA 3.0.
Christus Bartimaeus par Johann Heinrich Stoever Erbach Rheingau ; photographie par Haffitt publiée sous license CC-BY-SA 3.0.

Lecture de l’Ancien Testament

Je vais rappeler les œuvres du Seigneur. Ce que j’ai vu, je vais le raconter : c’est au moyen de sa parole que le Seigneur a réalisé ses œuvres. Comme le soleil, dans son éclat, regarde chaque chose, ainsi la gloire du Seigneur rayonne dans toute son œuvre. Il n’a pas été possible aux anges, les saints du Seigneur, de décrire toutes les merveilles de sa création, celles que le Seigneur tout-puissant a fondées pour que l’univers soit affermi dans sa gloire. Le Seigneur a scruté aussi bien les profondeurs de l’abîme que le cœur des hommes, il a discerné leurs subtilités. Car le Très-Haut possède toute connaissance, il a observé les signes des temps, faisant connaître le passé et l’avenir, et dévoilant les traces des choses cachées. Aucune pensée ne lui a échappé, pas une parole ne lui a été cachée. Il a organisé les chefs-d’œuvre de sa sagesse, lui qui existe depuis toujours et pour toujours : rien ne peut lui être ajouté ni enlevé, il n’a eu besoin d’aucun conseiller. Comme toutes ses œuvres sont attirantes, jusqu’à la plus petite étincelle qu’on peut apercevoir ! Tout cela subsiste pour toujours ; pour répondre à tous les besoins, tout lui obéit. Toutes les choses vont deux par deux, face à face, il n’a rien fait de défectueux, une chose confirme l’excellence de l’autre : qui peut se rassasier de contempler la gloire de Dieu ? (Si 42, 15-25)

Lecture de l’Évangile selon saint Marc

Et tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse, le fils de Timée, Bartimée, un aveugle qui mendiait, était assis au bord du chemin. Quand il entendit que c’était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : « Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ! » Beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire, mais il criait de plus belle : « Fils de David, prends pitié de moi ! » Jésus s’arrête et dit : « Appelez-le. » On appelle donc l’aveugle, et on lui dit : « Confiance, lève-toi ; il t’appelle. » L’aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus. Prenant la parole, Jésus lui dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » L’aveugle lui dit : « Rabbouni, que je retrouve la vue ! » Et Jésus lui dit : « Va, ta foi t’a sauvé. » Aussitôt l’homme retrouva la vue, et il suivait Jésus sur le chemin. (Mc 10, 46-52)

Méditations

La ville païenne de Jéricho, aux antipodes religieux de Jérusalem, s’est vue traversée par la divine miséricorde dans le visage humain de Jésus. Le publicain Zachée avait été converti (cf. Luc 19, 1-10) et une foule a reçu un message de réconciliation avec Dieu.

De la même manière, l’Évangile du salut a traversé notre histoire bimillénaire. Comme Bartimée, nous voici, à la sortie d’un passé profondément chrétien. Nous avons entendu parler de Jésus, grâce au témoignage de foi transmis de génération en génération, que l’on appelle la Tradition, mais nous n’avons pas vu son visage. Sommes-nous capables de ce même acte de foi et d’espérance que Bartimée : « Fils de David, prends pitié de moi ! » ?

Entre Jésus et Bartimée, il y a une foule : des disciples et des témoins. La foule accapare Jésus pour soi, selon la loi du plus fort, et le rend inaccessible au plus faible. Mais Jésus veut transformer cet obstacle en tremplin d’évangélisation. Le mandat d’appeler concerne tout baptisé qui se veut être disciple du Christ.

Jésus se sert de la médiation humaine pour faire parvenir l’Évangile non seulement dans l’extension spatio-temporelle de la création, mais aussi dans les profondeurs des âmes et des cœurs. « Entre Jésus et Bartimée, il y a une foule : des disciples et des témoins. La foule accapare Jésus pour soi, selon la loi du plus fort, et le rend inaccessible au plus faible. Mais Jésus veut transformer cet obstacle en tremplin d’évangélisation. Le mandat d’appeler concerne tout baptisé qui se veut être disciple du Christ.

Jésus se sert de la médiation humaine pour faire parvenir l’Évangile non seulement dans l’extension spatio-temporelle de la création, mais aussi dans les profondeurs des âmes et des cœurs. « Appelez-le » veut dire : Annoncez au monde que je m’intéresse personnellement à chaque homme. Mon message de salut n’est pas un manifeste politique, mais un appel à un chemin individuel de conversion. Et moi, est-ce que j’ouvre un chemin vers Jésus ou suis-je un barrage, autant pour les autres que pour moi-même ? » veut dire : Annoncez au monde que je m’intéresse personnellement à chaque homme. Mon message de salut n’est pas un manifeste politique, mais un appel à un chemin individuel de conversion. Et moi, est-ce que j’ouvre un chemin vers Jésus ou suis-je un barrage, autant pour les autres que pour moi-même ?

La guérison que Jésus réalise sur l’aveugle est un signe très fort, car il le sort de sa nuit où il était enfermé. Jésus veut être la lumière de nos vies : « Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie » (Jean 8, 12). Dans la nuit de mon existence et plus encore de mon péché, ne suis-je pas ce « Bartimée » ?

À l’écoute de l’appel de Jésus, les dispositions de Bartimée permettent à l’œuvre de salut de porter son fruit : en quittant son manteau, il abandonne sa vie ancienne pour se lancer vers Jésus. Il n’a rien à perdre et tout à gagner : au-delà de la vue, il trouve un idéal de vie qui donne sens et but à l’existence ? la foi. En fin de compte, l’aveugle a vu ce que les voyants ne voient pas : l’âme a soif d’une rencontre de miséricorde avec le Seigneur. Lorsque Jésus m’appelle, ai-je la sensation de perdre quelque chose ? Le nouvel idéal me fascine-t-il inlassablement ou me lasse-t-il sans me fasciner ?

Père Jaroslav de Lobkowicz, LC

Méditations sur la liturgie d’aujourd’hui

Lecture de l’Ancien Testament

« C’est présenter de multiples offrandes que d’observer la Loi ; c’est offrir un sacrifice de communion que de s’attacher aux commandements. C’est apporter une offrande de fleur de farine que de se montrer reconnaissant ; c’est présenter un sacrifice de louange que de faire l’aumône. On obtient la bienveillance du Seigneur en se détournant du mal ; on offre un sacrifice d’expiation en se détournant de l’injustice. Ne te montre pas les mains vides en présence du Seigneur. Accomplis tout cela parce que tel est son commandement. L’offrande de l’homme juste est comme la graisse des sacrifices sur l’autel, son agréable odeur s’élève devant le Très-Haut. Le sacrifice de l’homme juste est agréé par Dieu ; la partie de l’offrande brûlée en mémorial ne sera pas oubliée. Rends gloire au Seigneur sans être regardant : ne réduis pas les prémices du travail de tes mains. Chaque fois que tu fais un don, montre un visage joyeux ; consacre de bon coeur à Dieu le dixième de ce que tu gagnes. Donne au Très-Haut selon ce qu’il te donne, sans être regardant, selon tes ressources. Car le Seigneur est celui qui paye de retour ; il te payera de retour sept fois plus que tu n’auras donné. N’essaye pas de l’influencer par des présents, il ne les acceptera pas ; ne mets pas ta confiance dans un sacrifice injuste. Car le Seigneur est un juge qui ne fait pas de différence entre les hommes. » (Si 35, 1-12)

Lecture de l’Évangile

« Pierre se mit à dire à Jésus : “Voici que nous avons tout quitté pour te suivre.” Jésus déclara : “Amen, je vous le dis : nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle. Beaucoup de premiers seront derniers, et les derniers seront les premiers.” » (Mc 10, 28-31)

Méditations

Pierre fait une confession, Il parle avec sincérité, et le fait aussi au nom de ses camarades, les apôtres : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre ». Oui, c’est vrai. Pierre a laissé derrière lui une maison, une profession, un paysage bien connu, ses amis et proches. Il a tout quitté pour suivre Jésus. J’imagine que Jésus sourit en entendant Pierre faire cette confession d’amour.

Jésus a aussi tout quitté pour nous « suivre ». Il est parti de son Ciel, il s’est abaissé de sa condition de Dieu pour nous suivre, comme un berger suit la brebis perdue. Il a tout quitté pour être avec nous et nous mener vers son Père. Pour lui, nous sommes sa grande richesse, notre amour lui est irremplaçable et unique.

Pierre, peut-être, ne se rappelle pas qu’il y en avait d’autres qui avaient tout quitté avant lui : Abraham quitta sa terre et la maison de son père pour aller là où Dieu le mènerait. Moïse et le peuple élu se mirent en marche vers la Terre Promise. « Tout quitter », c’est laisser le connu, la sécurité derrière soi, pour aller là où on ne connaît pas, avec la seule assurance que c’est le Seigneur lui-même qui appelle et accompagne.

Pierre quitte tout, non pour aller vers l’inconnu, mais pour suivre quelqu’un avec qui il avait déjà une amitié. Les sacrifices que Dieu nous propose ne sont pas simplement pour nous priver des bonnes choses, mais ils nous permettent de choisir le meilleur. Comme disait Jésus à Marthe : « Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée » (Lc 10, 42).

Oui, Jésus est lui-même notre plus grande récompense. Mais il sait, car il l’a vécu lui-même, que nous sommes des êtres incarnés, de chair. Et pourtant, les biens matériels que nous avons quittés « une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre » sont multipliés en se donnant au Christ. Ce qui augmente au centuple la valeur de ce monde, c’est que nous soyons assez libérés de nos attachements pour que toute chose retrouve sa perspective, de sorte que nous y reconnaissions Dieu, qui s’y donne à nous.

« Celui qui fait entrer le Christ ne perd rien, rien ? absolument rien de ce qui rend la vie libre, belle et grande. Non ! C’est dans cette amitié seulement que s’ouvrent tout grand les portes de la vie. Dans cette amitié seule se dévoilent réellement les grandes potentialités de la condition humaine. Dans cette amitié seule nous faisons l’expérience de ce qui est beau et de ce qui libère. Ainsi, aujourd’hui, je voudrais, avec une grande force et une grande conviction, à partir d’une longue expérience de vie personnelle, vous dire, à vous les jeunes : n’ayez pas peur du Christ ! Il n’enlève rien et il donne tout. Celui qui se donne à lui reçoit le centuple. Oui, ouvrez, ouvrez tout grand les portes au Christ ? et vous trouverez la vraie vie » (Benoît XVI, 24 Avril 2005).

Carmen Fernandez, consacrée de Regnum Christi

Méditations sur la liturgie d’aujourd’hui

Lectures

“À ceux qui se repentent, Dieu ouvre le chemin du retour ; il réconforte ceux qui manquent de persévérance. Convertis-toi au Seigneur, et renonce à tes péchés ; mets-toi devant lui pour prier, et diminue tes occasions de chute. Reviens vers le Très-Haut, et détourne-toi de l’injustice, déteste les actions abominables. Personne ne peut célébrer le Très-Haut dans le séjour des morts, puisqu’il n’y a plus de vivants pour lui rendre gloire. La louange est enlevée au mort, puisqu’il n’existe plus ; c’est le vivant, le bien-portant, qui célébrera le Seigneur. Qu’elle est grande, la miséricorde du Seigneur, qu’il est grand, son pardon pour ceux qui se convertissent à lui !” (Si 17, 24-29)

“Heureux l’homme dont la faute est enlevée, et le péché remis ! Heureux l’homme dont le Seigneur ne retient pas l’offense, dont l’esprit est sans fraude ! Je t’ai fait connaître ma faute, je n’ai pas caché mes torts. J’ai dit : « Je rendrai grâce au Seigneur en confessant mes péchés. »Et toi, tu as enlevé l’offense de ma faute. Ainsi chacun des tiens te priera aux heures décisives ; même les eaux qui débordent ne peuvent l’atteindre. Tu es un refuge pour moi, mon abri dans la détresse ; de chants de délivrance, tu m’as entouré.” (Ps 31 (32), 1-2, 5, 6, 7)

“Jésus se mettait en route quand un homme accourut et, tombant à ses genoux, lui demanda : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? »
Jésus lui dit : « Pourquoi dire que je suis bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul.
Tu connais les commandements : Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. » L’homme répondit : « Maître, tout cela, je l’ai observé depuis ma jeunesse. » Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. Il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. »
Mais lui, à ces mots, devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens.
Alors Jésus regarda autour de lui et dit à ses disciples : « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! »
Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. Jésus reprenant la parole leur dit : « Mes enfants, comme il est difficile d’entrer dans le royaume de Dieu !
Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. »
De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux : « Mais alors, qui peut être sauvé ? »
Jésus les regarde et dit : « Pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. »” (Mc 10, 17-27)

Méditations

Combien de fois n’avons-nous pas réagi comme le jeune homme riche ? Combien de fois n’avons-nous pas vu le regard d’amour de Jésus sur nous ? Combien de fois n’avons-nous pas su voir le don que Jésus voulait nous faire ? Si nous nous retrouvons dans ces situations, ces paroles de la première lecture sont pour nous : « À ceux qui se repentent, Dieu ouvre le chemin du retour ; il réconforte ceux qui manquent de persévérance. Convertis-toi au Seigneur, et renonce à tes péchés ; mets-toi devant lui pour prier, et diminue tes occasions de chute ».

Nous avons tant de mal à comprendre que la force ne vient pas de nous, mais de la source de l’amour même et c’est bien ce que nous montre ce jeune homme riche. Toute sa vie, il a réussi à suivre la loi. Il a trouvé en lui la force d’être juste, mais au moment de l’épreuve, il s’est trouvé sans force et sans amour pour répondre à l’amour. Il n’a pas su accueillir et se nourrir de l’amour du Christ qui pourtant se manifestait à lui, comme le souligne l’évangéliste Marc : « Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima ». C’est là la grande différence entre la justification selon les pharisiens de cette époque et celle que nous propose Jésus. La justification ne vient pas de la loi. La loi ne peut me rendre juste, c’est la foi dans le Christ qui me rend juste. Que veut dire la foi en Jésus ? C’est la ferme confiance en l’amour de celui qui m’appelle. S’il m’appelle, qu’ai-je à craindre ? Comme le dit saint Paul : « Alors, qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? La détresse ? L’angoisse ? La persécution ? La faim ? Le dénuement ? Le danger ? Le glaive ? En effet, il est écrit : C’est pour toi qu’on nous massacre sans arrêt, qu’on nous traite en brebis d’abattoir. Mais, en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés » (Rom 8, 35-37). La foi centre notre regard sur le Christ, qui peut alors nous armer de ses armes, nous revêtir de sa force et avec lui aucune bataille ne sera trop forte. Nous tombons ? Regardons davantage le Christ ! Supplions-le de donner sa force, son amour !

Ne perdons pas ce trésor que Jésus nous propose. Nous savoir aimés et pardonnés. Nous savoir immensément débiteurs de Jésus. C’est dans cette action de grâce que commence le travail de l’Esprit Saint en nous et donc notre sanctification. C’est cette même expérience du psalmiste que Jésus nous invite à vivre dans le psaume 31 : « Je t’ai fait connaître ma faute, je n’ai pas caché mes torts. J’ai dit : “Je rendrai grâce au Seigneur en confessant mes péchés”. Et toi, tu as enlevé l’offense de ma faute. Ainsi chacun des tiens te priera aux heures décisives ; même les eaux qui débordent ne peuvent l’atteindre. Tu es un refuge pour moi, mon abri dans la détresse ; de chants de délivrance, tu m’as entouré ».

Jeanne Mendras, consacrée de Regnum Christi