Rendez à César ce qui est à César

Dans l’Évangile d’aujourd’hui (Marc 12, 13-17), on retrouve la fameuse phrase de Jésus « Ce qui est à César, rendez-le à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Ainsi, on peut comprendre que Jésus nous demande de vivre au milieu du monde, respectant l’autorité légitime, en donnant le témoignage d’une vie chrétienne dans notre milieu de vie. Dieu a donné aux hommes le soin de s’occuper de la création, de la terre et de s’organiser pour construire une société qui contribue au bien commun et au bien de chaque personne. Néanmoins, s’il faut rendre à César ce qui est à César, il faut tout d’abord rendre à Dieu ce qui est à Dieu

Les premiers chrétiens n’ont pas cherché à construire leur propre nation, leur propre pays. Ainsi, il nous faut respecter l’autorité légitime des sociétés dans lesquelles on vit et leurs lois ; tant que celles-ci n’entrent pas en conflit avec la loi divine. Les premiers chrétiens vivaient dans l’empire romain et respectaient ses lois. Mais, quand l’empereur, outrepassant sa légitime autorité d’organisation de la vie sociale, politique et économique, voulut obliger les chrétiens à l’adorer comme un dieu, ils refusèrent, et beaucoup furent martyrisés. Il ne faut pas avoir peur de se tenir debout pour défendre notre foi ; par exemple, en s’opposant à l’euthanasie, à la contraception ou à l’avortement. Ce qui est le plus important, notre foi, notre appartenance au Christ, doit toujours avoir la première place dans notre vie. Notre âme a plus de prix que tous les trésors de la terre, c’est à Dieu qu’il faut la confier, et à personne d’autre.

Le Royaume de Dieu n’est pas un royaume dans le sens terrestre. Il s’agit plutôt du Seigneur Jésus qui vient régner dans nos cœurs. Demandons-lui, encore une fois, de venir régner dans nos cœurs ainsi que la force et le courage de modeler nos vies à son image afin qu’elles soient des signes qu’on lui donne la première place. Il faut lui donner la première place dans tous les aspects de nos vies. C’est ainsi que le Royaume de Dieu peut s’établir sur Terre.

Ceci étant dit, il ne faut pas comprendre dans ce message selon l’optique moderne où la politique doit s’occuper de la vie publique et que la religion est reléguée à une dimension strictement privée. Le Royaume de Dieu n’est pas une réalité parmi d’autres réalités puisque Dieu est Dieu, tout ce qui est vient de Dieu ; Il transcende l’ensemble de sa Création. Dieu est la source la plus profonde de tout ce qui existe dans la vie. Ne persond pas de vue que toutes les qualités et les talents que nous possédons sont des dons de l’Esprit Saint.

Méditations sur l’Évangile d’aujourd’hui

Lecture de l’Évangile selon saint Luc, chapitre 19, 1-10

Jésus traversait la ville de Jéricho.
Or, il y avait un homme du nom de Zachée ; il était le chef des collecteurs d’impôts, et c’était quelqu’un de riche. Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il n’y arrivait pas à cause de la foule, car il était de petite taille. Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui devait passer par là.
Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et l’interpella : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. »
Vite, il descendit, et reçut Jésus avec joie.
Voyant cela, tous récriminaient : « Il est allé loger chez un pécheur. »
Mais Zachée, s’avançant, dit au Seigneur : « Voilà, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. » Alors Jésus dit à son sujet : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham. En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »

Méditations

Zachée, une « apothéose » d’impiété. Zachée était un personnage odieux. Collaborateur du régime oppresseur, il s’enrichissait sur le peuple opprimé, principalement sur les plus faibles : personnes âgées, jeunes familles… Non seulement il s’était établi dans une vie luxueuse avec de l’argent malhonnête, mais il contribuait, par son comportement, à la corruption du peuple. Ici il ne s’agit pas d’une parabole, mais d’un fait réel, d’ailleurs très courant dans toutes les époques de l’histoire. Notre monde ne connaît-il pas ce sévère clivage entre les puissants et les indigents ? Sous couvert d’activité commerciale légale, les Zachée de tous les temps profitent de la pauvreté des peuples, pour l’exploiter à leur profit.

En-deçà des jugements que je peux avoir sur ce mal, il est utile de porter un regard sur le péché – même, y compris lorsque je m’estime être victime d’une injustice. À partir du moment où j’ai accès et où je jouis des biens de ce monde et de l’argent, qui est leur mesure, j’ai pu toucher à ces unités qui ont couvert des affaires sales, quelque part dans le monde. Le péché est comme l’argent : en vertu du péché originel, nous sommes tous partiellement responsables du péché. L’œuvre de rédemption du Christ démontre par excellence que Jésus, dans son humanité, s’est fait péché, pour mourir au péché et faire renaître le genre humain à la grâce.

Jésus, la pitié de Dieu en personne. Qu’est-ce qui aura éveillé en Zachée la curiosité de rencontrer Jésus lors de son passage par Jéricho ? Deux faits sont certains : premièrement, un jugement sévère de Jésus sur ce vilain pécheur n’aurait pas motivé celui-ci à ouvrir son cœur et à réparer sa faute, mais aurait probablement contribué à le fermer davantage ; deuxièmement, Jésus est la seule autorité morale à tel point irréprochable, qu’il interpelle et secoue la conscience. Jésus, qui n’est pas dupe de la situation morale de Zachée, se montre néanmoins intéressé par ce personnage qui s’est exposé, par sa curiosité, au regard pénétrant du fils du Maître.

L’iniquité de Zachée fait ressortir, par contraste, la puissance de la miséricorde de Jésus. Jésus est mort pour les misérables pécheurs, non pas pour les justes, ni pour les savants, ni pour les médiocres. Expression de la pitié de Dieu, Jésus est venu chercher et sauver ce qui était perdu. Le cœur de Zachée, comme celui de tout homme, a soif de Dieu, comme le cerf a soif d’eau vive (cf. Psaume 41, 2). Ce cœur est le lieu où l’Évangile peut triompher et rompre, de l’intérieur, la carapace que son comportement mauvais a forgée.

L’histoire se répète. D’une part, les prétendus justes, engagés pour la foi ; d’autre part, les prétendus pécheurs, publicains. Le Pharisien et le Publicain dans le Temple ; le frère aîné et le frère cadet dans la parabole du fils prodigue… Où est-ce que je me positionne ? Zachée reçoit Jésus avec joie et, d’un cœur repenti, se résout à restituer l’argent extorqué : lorsque je communie, ai-je un cœur repenti ? Est-ce que je reçois Jésus avec joie ?

Les justes jugent Zachée ; ils jugent Jésus qui est allé demeurer dans sa maison. Saint Paul prononce ce sérieux avertissement : « Et toi, l’homme qui juge ceux qui font de telles choses, et qui les fais toi-même, penses-tu échapper au jugement de Dieu ? Ou bien méprises-tu ses trésors de bonté, de patience et de générosité, en refusant de reconnaître que cette bonté de Dieu te pousse à la conversion ? » (Romains 2, 3-4).

Résolution

Je poursuivrai la lecture du chapitre 2 de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains.

Père Jaroslav de Lobkowicz, LC